1920 CAYROL Lucien

, par udfo31

Né le 4 mars 1920 rue Lepic dans le 18e arrondissement de Paris ; dessinateur industriel, puis cadre dans l’industrie aéronautique ; syndicaliste CGT puis Force Ouvrière à la scission ; sportif, membre des jeunesses socialistes SFIO.

En 1928 sa famille s’installe à Toulouse où son père militaire de carrière abandonne l’armée pour occuper un emploi civil.

Lucien Cayrol, après avoir obtenu son certificat d’étude primaire, fréquente le lycée Berthelot et obtient son brevet élémentaire. Il suit alors des cours de dessin industriel durant 5 ans et prépare le concours des Arts et Métiers mais échoue au concours d’entrée à l’école d’Aix-en-Provence, car dans le même temps il a une activité sportive intense : il fut champion d’académie du 1.500 m cross et jouait au rugby à XIII dans une équipe qu’il avait constituée.

Sensibilisé par la transformation sociale de 1936, il adhère aux étudiants socialistes SFIO et participe à 14 ans aux manifestations de la classe ouvrière dans les rues de Toulouse. Il a pour camarade Achille Auban et André Méric : André Méric deviendra député, puis sénateur et vice-président du Sénat de 1958 à 1980, et Achille Auban qui deviendra député puis sous-secrétaire d’état à l’aviation civile en 1957.

Ces relations amicales, lui serviront lorsqu’il s’agira de s’opposer au transfert du Bureau d’Etude de Toulouse vers Paris.

Le premier décembre 1937 il est embauché au bureau d’étude de la SNCAM-Société Nationale des Constructions Aéronautiques du Midi, société qui fut créée par le Front Populaire en avril 1937.

Lucien Cayrol travaille sur le Dewoitine D 338, un avion de ligne dont 31 avions sortiront d’usine pour Air France et sur le Dewoitine D 520, un avion de chasse français, mis en service en 1940 capable d’atteindre 520 km heure et qui fut le meilleur chasseur que l’armé de l’air utilisa contre l’ennemie en 1940.

En 1939,Lucien Cayrol occupe un poste de dessinateur industriel au bureau d’Etude. Très vite il s’engage dans l’action syndicale avec la CGT, distribue des tracts et participe aux grèves nationales contre la suppression de la semaine de 40 heures obtenue par les accords Matignon de 1936.

Début 1940 appelé sous les drapeaux, il est mobilisé dans l’Armée de l’Air à Francazal, banlieue de Toulouse. Puis après la défaite de juin 40 et l’Armistice, il est envoyé dans un chantier de jeunesse instauré par Vichy pour remplacer le service militaire et endoctriner les jeunes selon la formule« travail –famille-patrie » à la place de « Liberté Egalité et Fraternité » qui symbolisait la République.

Puis il est engagé, grâce à des camarades, au bureau d’étude de la Mairie de Toulouse, mais c’est l’Aéronautique qui l’attire.

Lucien Cayrol est admis aux usines Latécoère après avoir passé un concours de traceur, finalement il choisira de travailleur à l’AIA-Atelier Industriel de l’Air à Blagnac, banlieue de Toulouse.

En 1942 il est envoyé de force de travaillé dans une usine d’aviation allemande, en Bavière près du lac de Constans, dans le cadre du STO- service du travail obligatoire instauré par le régime collaborateur de Vichy pour renforcer l’effort de guerre Nazie.

Vers la fin de la guerre en avril 1945, Lucien Cayrol s’évade et passe la frontière Suisse et se retrouve à Saint-Gallen, puis il rentre à Toulouse libérée.

Il réintègre la SNCASE où il occupe le poste de dessinateur principal au Bureau d’étude. Il travaille avec Raymond Pambrun*, syndicaliste FO, l’un des responsables du bureau d’Etude.

En 1947, Lucien Cayrol est déjà un syndicaliste accomplit. Voici comment il décrit cette période conflictuelle dans son texte mémoire de février 2013.

« La CGT accentuait la pression sur les salariés Une grève politique était en préparation. Une partie du personnel refuse de suivre. Ce fut la scission et Force Ouvrière naquit ! »

En 1951, il est dessinateur chef de groupe. Il travaille sur l’Armagnac : le plus grand avion français de son temps, mais un échec commercial. Cela allait entraîner une diminution de la charge de travail du Bureau d’Etude. C’est alors que le PDG de l’époque profite de l’occasion pour décider la suppression du Bureau d’Etude de Toulouse pour l’installer à Paris.

Lucien Cayrol décide de créer un comité de défense qu’il va animer. Il se rend à plusieurs reprises à Paris plaider la cause auprès des ministères concernés, pour le maintien du Bureau d’Etude à Toulouse. Ses amis André Méric et Achille Auban, des parlementaires socialistes de la Haute Garonne tel Eugène Montel vont le soutenir. Parallèlement le syndicat Force Ouvrière majoritaire au Bureau d’Etude accentue sa pression sur la direction. L’avenir de l’aviation toulousaine était compromis ! .

La direction générale révise sa position d’autant plus que va se produire un retournement de situation avec le démarrage de l’étude de l’avion Caravelle.

Les qualités professionnelles de Lucien Cayrol sont reconnues par la hiérarchie. En 1956, il est nommé chef de section, avec la position cadre, et participe activement au projet Caravelle. Il travaille sur le prototype et particulièrement sur le poste de pilotage dont- il devient le spécialiste des dessins des pièces de cet avion.

Lucien Cayrol a toujours su mener de pair son activité professionnelle et son activité syndicale.

Délégué du personnel cadre depuis 1950 il est réélu à chaque élection. Il est élu chaque année pour représenter les cadres à l’assemblée générale de la caisse de retraite de l’entreprise.

A Sud Aviation, la grève de mai 1968, initiée à Nantes et Saint-Nazaire s’étend à Toulouse : les usines sont occupées

C’est durant cette période que Lucien Cayrol pour les cadres, Lucien Guitou de Toulouse, Charles Chiron de Marignane, Zeni de Cannes et Yvon Rocton de Nantes, mettront la pression syndicale pour accélérer le processus de négociation qui avait commencé avec la direction de Sud Aviation. Ils rédigent un projet et proposent alors les premiers textes du futur accord société. A Toulouse André Montané, Lucien Brun, Jean Massé, Joseph Bresse et Raymond Pambrun qui sont les responsables syndicalistes FO de l’époque, en profitent, au moment où la CGT, demande de reprendre le travail, sans rien avoir obtenu, pour déclencher une campagne d’adhésion qui fera de Force Ouvrière la première organisation syndicale à L’Aérospatiale, futur AIRBUS.

Lucien Cayrol prend sa retraite en 1978. Il aura mené de pair une carrière qui le conduit a des postes de hautes responsabilités professionnelles, participant ainsi à l’essor de l’aviation toulousaine tout en menant une intense activité syndicale. Il fut l’un des négociateurs des accords d’entreprise et participa aux réunions paritaires à Paris.

Il participa également aux négociations de la convention collective de la métallurgie de la région toulousaine.

Lors du pot de départ à la retraite Lucien Cayrol en 1978 , il reçut le témoignage de sympathie de tous ses compagnons et camarades qui voyaient en lui un exemple de courage et de solidarité ouvrière.

Note : la SNCASE qui deviendra, au fil du temps, Sud Aviation, la SNIAS puis l’Aérospatiale et aujourd’hui AIRBUS Sources : Archives de l’Union départementale FO de la Haute- Garonne ; Entretiens enregistrés entre Georges Portalès et Lucien Cayrol en janvier et février 2013.
- texte mémoire écrit par Lucien Cayrol en février 2013 à l’attention de Georges Portalès.